L’illustrateur Dave McKean à la galerie Glénat par Laureline Reynaud

La galerie Glénat présentait du 18 octobre au 7 novembre 2017 une exposition des planches de la BD Black Dog, par l’artiste Dave McKean. J’y ai découvert des choses étonnantes. Notamment de la photographie.

Dave McKean

Dave McKean est un illustrateur, photographe, graphiste, dessinateur de comics, réalisateur et musicien anglais.

En 1987 il collabore pour la première fois avec Neil Gaiman sur un roman graphique. Celui-ci concerne la résurgence des souvenirs traumatiques des enfants : il s’agit de Violent Cases. Le duo continuera à travailler ensemble régulièrement. McKean est aussi l’illustrateur de Arkham Asylum scénarisée par Grant Morrison. Enfin, il est aussi le créateur (graphique et scénaristique) de plusieurs bandes dessinées. Comme notamment Black Dog ou Cages, pour laquelle il a eu plusieurs prix. Vous trouverez une biographie très (très) complète sur le site de Dave McKean.

L’exposition chez Glénat

Black Dog: les rêves de Paul Nash

Black dog est plus qu’une bande dessinée. Œuvre de commande pour le programme 14-18 Now, il s’agit de la biographie fantasmée de Paul Nash, peintre britannique surréaliste ayant survécu aux tranchées de la première guerre mondiale. Dans Black Dog, McKean nous plonge dans les rêves du peintre, hanté par l’image d’un chien noir.

La BD était construite à la base comme projet multimédia pour les commémorations de la première guerre mondiale. L’auteur insiste sur les effets psychologiques de la guerre. Vous trouverez par ici un extrait de spectacle réalisé à partir de Black Dog. Je ne l’ai pas (encore) lu, je ne pourrais donc pas vous en parler plus en détail. En revanche j’ai vu les planches à la galerie Glénat, et ça envoi du pâté !

Utilisation de la photographie et mise en page

Sur les planches de Black Dog, il se passe presque toujours plusieurs choses à la fois. Comme deux niveaux de lectures, pour symboliser deux univers différents, le rêve (l’illusion) et la réalité.

Les trois planches suivantes sont particulièrement intéressantes. On y trouve d’une part les cases disposées dans un carré au centre de la planche. Et d’autre part, deux bandes, au-dessus et en dessous de la mosaïque.

On retrouve le même type de composition sur les planches ci-dessous, sous une autre forme. Cette fois ci la mise en page est verticale, avec des cases dessinées « classiques » sur la gauche, et en diptyque des cases « abstraites » sur la droite. La technique graphique utilisée n’est pas la même. D’un côté, la réalité des tranchées au crayon en noir et blanc. De l’autre, de la peinture, en couleurs, un peu comme un Rorschach.

En parlant de technique, Dave Mckean les mélange régulièrement. On retrouve d’ailleurs sur plusieurs de ses planches des morceaux de photographies voir des images complètes, ou des polaroids. Des plantes et des cailloux, le bois d’un arbre mort, un escalier et sa rambarde, etc…

Il utilise aussi beaucoup le collage. Avec des matières bien différentes : de la feuille dorée, du Canson mat coloré ou à motif. Parfois le collage est plus subtil et permet de donner de la profondeur au support : le Canson est recouvert de papier découpé, arraché et recollé. La peinture est réalisée par-dessus, ne laissant visible que les contours.

Conclusion

Dans une même exposition (et même œuvre), l’artiste propose des images aux techniques très différentes, à l’ambiance d’apparence très variée et pourtant le style et le créateur restent les mêmes, et sont reconnaissables.

Cette exposition m’a fait me poser deux questions particulières : celle du style et celle du mix de techniques. Sans parler de la présentation et de la mise en page.

La notion de style est je trouve particulièrement compliquée à comprendre et à trouver. Selon moi, le style, notamment photographique, tient à notre personnalité. Et cela passe, je pense, par une culture de l’image. Trouver ce que l’on aime, ce qui nous intéresse et pourquoi ça fonctionne (ou pas). D’où l’importance de sortir et de voir autre chose que de la photographie, d’ouvrir son œil et son esprit critique. Agrandir son horizon créatif en allant voir des choses même si dans notre pratique artistique on ne l’appliquerait pas. En bref, essayer de sortir de sa zone de confort. Parce que la culture visuelle est un très bon moyen de vraiment s’améliorer en photographie. Et parce que jamais notre culture ne sera « finie ».

Enfin, le mélange de technique est encore plutôt absent dans le monde de la photographie. Si la matière commence à revenir avec le « renouveau » de l’argentique et du vintage, des effets « salissants », les images restent très numériques et « aseptisées ». Les textures se travaillent devant l’objectif, mais encore très peu après la prise de vue. Tout comme les notions de présentation, et de mise en page encore très « classiques ». Je me souviens tout de même d’une exposition-concert au Pannonica à Nantes où les musiciens contrôlaient leur guitare-violon-robot à distance, tout en diffusant un diaporama de photographies qui évoluait en fonction de la musique et des improvisations. Ou de ces étudiants ingénieurs qui souhaitaient générer une musique automatiquement à partir d’images. Si la musique est capable d’aller aussi loin, et d’intégrer notre pratique, la photographie le peut aussi.

Défilement vers le haut